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La femme à venir, de Christian Bobin

Refermer un livre de Christian Bobin, c'est se faire une blessure à l'âme. Tout en sachant qu'à cette blessure, un remède existe : lire un autre livre de Christian Bobin, ou relire celui que l'on vient de terminer. Et pourquoi pas ? Il y reste sans doute des trésors qu'on n'a pas su voir, des phrases qu'on a lues trop distraitement, parce qu'il y avait du bruit dans la rue, parce qu'on a soudain pensé au repas du soir qu'il allait falloir préparer dans quelques minutes. A-t-on idée de mêler à la merveilleuse poésie de Bobin des questions aussi triviales qu'un repas à préparer ? Malheureusement, force est de constater que ça arrive. Parce que la vie, ce n'est malheureusement pas, n'en déplaise à quelques-uns dont moi-même, que de la poésie. J'ai une citation toute prête pour ce genre de malencontreuse vérité, et je l'ai piquée à un certain Hubert-Félix Thiéfaine : « Mais le jour se lève pas toujours au milieu des dentelles »... Parfois, c'est vrai, il se lève au milieu des épines...

Pour en revenir à Christian Bobin : j'ai fini ce matin La femme à venir, qui est un livre d'une infinie délicatesse. C'est l'histoire d'une femme. Une histoire somme toute banale, mais que la plume intense de l'auteur illumine. C'est, tout simplement, la trajectoire d'une femme, de l'enfance à plus loin. À peine plus loin car même adulte elle demeure, au fond d'elle, cette enfant que les rêves n'ont pas voulu déserter. Comme c'est beau, comme c'est courageux ! Et comme c'est admirable, d'autant plus admirable que c'est chose ardue !

Elle s'appelle Albe, et c'est un joli prénom. Elle traverse la vie avec une grâce de tourterelle. Les drames ne manquent pas et, s'ils l'affectent, ils ne la démolissent pas. Elle rencontre des hommes que nous apprenons à connaître à mesure que s'écrit son histoire avec eux. Elle rencontre une femme, Lise, avec qui elle se lie d'amitié. Et peut-être bien qu'elle finira par connaître l'amour, qui sait ? Peut-être même qu'elle consentira à le vivre, malgré ses exigences et ses complexités.

La femme à venir est le plus beau livre de Christian Bobin. Comme Prisonnier au berceau, comme Autoportrait au radiateur, comme La plus que vive, comme tous en fait ! Chaque ligne qu'écrivait cet auteur (qui manque, qui manque) était la plus belle de toutes. À chaque fois qu'on en découvre une, on se dit qu'elle est encore plus puissante que celle qui l'a précédée. C'est parce qu'on n'a pas encore lu celle qui la suit !

Ce dimanche m'a offert une douce matinée : la lecture, au fond de mon lit, de la fin de ce livre. J'ai tout fait pour ne pas le lire trop vite. J'ai relu plusieurs fois certains passages pour me les tatouer dans la mémoire. J'ai pratiqué la lenteur, la seule vertu qui vaille en ce monde. Le seul rythme qui convienne aux livres de Christian Bobin. J'ai tout fait pour repousser le cruel instant où il faudrait terminer La femme à venir. Et maintenant que ce scandale est advenu tout de même, je me sens orpheline et un peu triste. Je crois que je vais relire La plus que vive !

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